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"Rompre", recueil de maux signé Moix

Rompre oscille entre noirceur et espoir. A l'aide d'un dialogue imaginaire, Yann Moix décrypte la mécanique de la rupture.

« Pourquoi as-tu attendu quarante-neuf années pour t'intéresser à la misère humaine ? » Alors qu'ils savourent un séjour paradisiaque sur l'île de Wight, Emmanuelle a voulu le blesser. Aux yeux du narrateur, l'amante s'empare du masque de l'ennemi. Sans se retourner, il prend ses bagages et part à Londres. Moix décrit alors les différents effets postrupture. Impression de liberté d'abord : « Léger, j'arpentais le pavé parisien, ivre de solitude, avec le plaisir de n'avoir plus de comptes à rendre à quiconque. » Sentiment très vite remplacé par le regret, l'espoir, la supplication, et le rejet. Tel Baudelaire ignoré par sa « passante », le spleen s'empare de l'antihéros : « Paris devient ma prison. » Le récit de Moix – faussement caché derrière le bouclier de la fiction est une confession : « Ce sont les phrases d'un homme qui se suicide à l'aveu. » Il admet n'être qu'un « sac de larmes ». On est loin de son image tranchante de tribun médiatique. Il reconnaît être son plus grand ennemi. Ce qui l'intrigue dans une relation, c'est sa conclusion. Son amour augmente au quintuple quand l'objet de ses convoitises disparaît. Une lucidité enfin acquise par rapport à son premier roman, Jubilations vers le ciel : « Ce que les femmes préfèrent chez moi, c'est me quitter. »

Autre aveu : « Ses hématomes du passé ». Moix arrive à mettre des mots sur les traumatismes de son enfance. Les violences physiques et psychologiques de ses parents sont des freins à sa vie. Le narrateur oscille entre espoir et chagrin au gré de ses aphorismes : « Être séparés pour toujours reste une manière d'être ensemble à jamais. » Des maux quelquefois métamorphosés en instants lumineux. L'écriture permettrait-elle à l'auteur de trouver une issue de secours ? Et si Rompre était un recueil de maux pour tenter de renouer enfin avec les mots et l'amour ?

Tiana Soares

« Rompre » de Yann Moix (Grasset, 108 p.)

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