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Portrait de Guy Boyer, directeur de la Rédaction de Connaissance des arts, de Simon Cherner

guy boyer

Invité, le 14 septembre dernier, à l’École Supérieure de Journalisme de Paris le capitaine chevronné de Connaissance des Arts est revenu sur son expérience dans le monde de la presse écrite et de l’édition. L’occasion, aussi, de se confier un peu sur son parcours, entre journalisme et histoire de l’art.  

 Des baskets, un jean, un polo bleu Fred Perry, la carrure athlétique et hâlée : avec son vrai faux air de joueur de tennis, Guy Boyer ne correspond certainement pas à l’image qu’il serait tentant de se faire du directeur et rédacteur en chef de Connaissance des Arts. Et pourtant !  A la fin des années 1970, le jeune homme est encore loin de se douter de l’étonnant parcours qui sera le sien. L’histoire de l’art le retient et l’aspire dans une spirale qui commence presque aussitôt sa maîtrise en poche : spécialiste des décors éphémère, il publie à Beaux Arts Magazine un premier papier sur le 17e siècle. Mais ce papier, « ils l’ont massacré, ils l’ont découpé et j’ai dit, plus jamais de journalisme ! » se souvient-il aujourd’hui avec amusement, en tenant une paire de lunettes du bout de la main. 

Car, avec le recul, tout s’est plutôt bien passé. Après quatorze ans à la tête de Beaux Arts Magazine, puis quatre à celle de L’Oeil, c’est en 2002 que Guy Boyer arrive à la barre de Connaissance des Arts, alors récemment acquise par LVMH. Il s’agit, à l’époque, d’éviter le naufrage : après des années de déprise avec l’évolution du monde et du public, la revue d’art périclite. Par son action rapide et sa gestion efficace, « la petite maison Connaissance des Arts » renaît, laissant derrière elle les sujets trop confidentiels et surannés qui faisaient la joie d’une poignée – décroissante – de spécialistes depuis les années 1950. Le journal se transforme, se réinvente, et s’ouvre enfin, au milieu des années 2000, aux développements foisonnants de l’art contemporain. 

Pour Guy Boyer, la conduite de la revue et de ses multiples déclinaisons actuelles s’avère être une prise de décision de tous les instants, une mobilisation permanente qu’il illustre, bien malgré lui, en restant attentif à son portable, à guetter la moindre nouvelle de l’annulation de la FIAC qui, apprendra-t-on le soir même, n’aura pas lieu. L’enjeu est de taille, vu l’importance prise par le marché de l’art et la place de la FIAC sur le plan international. Elle l’est aussi très concrètement pour les colonnes de Connaissance des Arts, à quelques heures du bouclage du mensuel. En rédacteur en chef, il sait combien la qualité du journal tient, outre l’actualité, à l’équilibre complexe qu’il faut savoir manier dans sa grille, entre l’art ancien et l’art contemporain, entre l’architecture et la photographie. Guy Boyer le reconnaît volontiers : il faut savoir « ondoyer » entre les rubriques. « Les gens aiment éclectisme » résume-t-il.  

Fin connaisseur de son public, il est lui-même devenu, par la force des choses et par son expérience de journaliste, fin connaisseur du monde de l’art. Il en va de la pertinence de la revue. Son aspiration ? Rester à l’affût, cultiver sa curiosité, ses goûts, avoir du flair et éviter, avant tout, de devenir le « pompier de l’art contemporain » et de trop se reposer sur les valeurs sûres du moment, les Jeff Koons et autres Damien Hirst.  

Car si personne ne peut être assuré de dénicher l’artiste de demain, Guy Boyer garde au moins à cœur de réfléchir sur la durée, et de diffuser à travers les différents déclinaisons de Connaissance des Arts un contenu éditorial qui doit, sans rougir, pouvoir passer la plus impitoyable des épreuves : celle du temps, tout simplement. 

Simon Cherner

Crédits images : Artsper

 

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