Mastère de Presse Culturelle / Dossier Street Art : Portrait de Jérôme Mesnager par Margaux Cassan

LE STREET ART, ENTRE BÉNÉVOLAT ET MARCHÉ DE L'ART

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Street artiste de toujours, compagnon de route de Nemo dans des années 1980, Jérôme Mesnager nous accueille dans son atelier à Montreuil. Depuis le 29 janvier, il expose à l'Open-Eyes Art 4 rue des guillemites à Paris.... 

 

 Street artiste de toujours, compagnon de route de Nemo dans des années 1980, Jérôme Mesnager nous accueille dans son atelier à Montreuil, situé au 127 boulevard Henri Barbusse à deux pas de la célèbre librairie du Plateau. L'atelier est à l'image de l'artiste : enfantin et solaire. Sourire aux lèvres, Jérôme Mesnager nous fait visiter. Ensemble nous sillonnons la grande pièce lumineuse, remplie de ses petits bonhommes blancs. Depuis les années 1980, Mesnager est connu pour sa silhouette peinte qui habille les murs des villes du monde entier. Il fut l'un des premiers à peindre les murs au pinceau. "Je pense être à l’origine d’une façon de peindre dans la rue. Il y avait Ernest pignon Ernest, qui collait des dessins et Zlotykamien qui dessinait à la bombe, plus quelques pochoiristes. De mon côté, j’ai voulu peindre au pinceau directement, dès en janvier 1983.". 

 Son mouvement, nous explique-t-il, représente « la vitesse de la vie, et sa couleur, la paix ». C'est l'idée d'un corps parfait dans un lieu, qui grâce à lui devient un lieu d'art. C'est un être idéal, parce qu'il est libre. Il court sur les murs et tend librement ses bras vers le ciel. D'aucuns pourraient le taxer d'angélisme mais les sculptures des Grecs ne poursuivaient-ils pas le même objectif ? Il se dit sans mouvement, certes, mais il appartient en cela à une tradition de peinture dans sa quête du canon, du modèle idéal auquel se conformer. "Bien sûr, il y a toujours une évocation de la Renaissance italienne dans le corps nu. Mon art dialogue avec Rodin, une fois avec Renoir, j’ai aussi fait quelques pas avec Yves Klein…", reconnaît-il. "Mais je suis libre de mes idées, la liberté, la joie, comme au premier jour de ma peinture." Alors, ce bonhomme blanc, est-ce une allégorie ? " C’est plus un fantôme, un geste, un mouvement, un sous-entendu, une parole silencieuse. Ou l'inverse. Le corps blanc veut peut être parler plus fort que les mots." 

 Mesnager ne cache pas sa désaffection pour le monde politique, une de ses bêtes noires... Pour lui, le combat ne peut plus se mener par le discours mais par l'image - dans une société qui donne de plus en plus de place à l'audiovisuel. Plutôt que de la politique, il veut faire du poétique. "Lorsqu’on s’exprime en public, on émet des idées. Je ne force pas les gens à penser d’une certaine façon, donc je ne fais pas de politique. Je suis, comme tous les humanistes, plutôt optimiste, mais sans effort. Il faut donc travailler sans relâche, mais dans la joie, faire du beau rend la vie plus belle." Pour cela, nul besoin de beaucoup. Jérôme Mesnager peint sur les matériaux et les objets les plus divers, ceux que je trouve, la toile, le fer rouillé, le bois, une pelle, un paratonnerre du monde entier et j'y dessine la même silhouette". 

 Deuxième bête noire de l'artiste : le marché de l'art. Le corps blanc figuratif en acrylique monochromatique se remarque sans jamais dénoter. Il cherche quelque chose d'universel, quelque chose qui n'a pas de prix. Pour cette raison, l'artiste s'est beaucoup investi dans le monde du bénévolat. En 2019, les enchères d’une acrylique sans titre sur porte en bois représentant « l’Homme blanc » et des oiseaux, atteint le prix de vente de 4 000 € 

chez Artcurial pour une association caritative. Plus tôt, Mesnager s'est engagé notamment aux côtés de l’association Huntington France. La première vente aux enchères au profit de l’association a eu lieu en 2011. Elle réunissait une vingtaine de peintres, photographes, sculpteurs de renom, le commissaire-priseur Pierre Cornette de St-Cyr et le parrain de l’association Emmanuel Petit. Depuis, ils organisent une vente par an, au profit de l'association. 

 "Je regrette que cette société ne laisse pas beaucoup de place pour les artistes. Tout est si cher (ateliers, matériel) il faut trouver les clients tout seul, et sans tomber dans l’art commercial, c’est difficile. L’entrée du street art dans le marché de l’art s’est faite dans les années 1970. Ça s’est fait avec Ernest Pignon à la galerie Maeght Maintenant, on trouve de tout et n’importe quoi partout ; ce qui se vend le plus n’est pas forcément le meilleur, mais il faut aussi des stars, quitte à les fabriquer pour gagner de l’argent, c’est le travail des marchands.", confie-t-il. Dans le street art, y a une générosité à peindre dans la rue. Donner un tableau pour une bonne cause est une forme de générosité plus consciente, car on sait à qui on donne, mais dans la rue on donne à tout le monde. Il y a déjà un geste bénévole à la racine du street art. C'est là, pour Jérôme Mesnager, la forme artistique la plus pure, la plus fidèle au symbole du bonhomme blanc. 

 Margaux Cassan 

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 Élève du Master de Presse culturelle de l’ESJ 

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