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Mastère de Presse Culturelle / Dossier "Sous le signe d'Hervé Guibert à la MEP" : Mathieu Lindon et Hans Georg Berger de Louise Bernard

Herve Guibert 003Hervé et T.H., Hotel Gellért, Budapest, décembre 1983 © Hans Georg Berger

La Maison Européenne de la Photographie organisait le 11 mars 2020 une rencontre à l’occasion de la sortie du livre de photographies « Un amour photographique » (Éditions Le Quai et Michel de Maule). En présence de deux intimes d’Hervé Guibert, Mathieu Lindon et Hans Georg Berger. 

 "Je suis vis-à-vis des photos d’Hans Georg Berger comme vis-à-vis de ma propre écriture, à la fois,fois très proche et très lointain." Ces mots d’Hervé Guibert en exergue du livre « Un amour photographique » résument bien la rencontre à la MEP qui avait des airs de retrouvailles.Pour la sortie du livre en France, le co-auteur et photographe allemand Hans Georg Berger a fait le déplacement et répondu aux questions du critique littéraire Mathieu Lindon. Rien de protocolaire ou d'universitaire pour autant. Ce soir-là, deux amis se sont assis l’un en face de l’autre pour parler d’un être cher disparu, Hervé Guibert, auteur français mort du sida en 1991. Ambiance intimiste et artistique. À l’image de l’ouvrage. Le projet était dans la tête d’Hans Georg Berger et dans celle de Guibert depuis plusieurs dizaines d’années : faireun livre de photographies "romancé", avec les clichés de l’un et de l’autre et un appareil identique, qu’ils se sont fait offrir respectivement par leur père et leur mère – sourire du hasard. Mais à l’époque, ce n’était pas le moment de publier, les maisons d’édition étaient frileuses. On a presque envie de dire heureusement. Le charme des photographies vient en effet aussi de la nostalgie et de l’absence qui ont recouvert les pellicules aujourd'hui. 

La nostalgie et l’absence étaient au rendez-vous, 38 ans après la disparition de Guibert. C’était touchant et sans pathos. Mathieu Lindon et Hans Georg Berger, de la génération sidaqui a vu tant de leurs proches tomber, ne veulent plus de pathos. Ils ont l’humour subversif et l’art. Les deux amis ont retracé l’histoire du livre, la rencontre de Berger et Guibert, les premières chroniques sur la photographie signées Guilbert pour Le Monde, le festival de Munich, celui d’Arles évidemment, haut lieu de la photographie… Et quand ils ont parlé de Santa Catarina, l’atmosphère a changé, on pouvait sentir la présence d’Hervé Guibert. Sur l’île d’Elbe, l’ermitage que Berger y a établi fut longtemps un lieu de ressourcement pour les trois hommes. Lindon et Berger évoquent les sortilèges du lieu, l’isolement qu’il permettait, ses mythes, avec la mélancolie d’un temps béni et disparu. 

Certains s’interrogent sur la nature de la relation entre Hervé Guibert et Hans Georg Berger. Il y a pourtant peu de place laissée au doute. Les photographies sont trop belles. Il s’en dégage trop de choses pour que ce soit autre chose que de l’amour. De même dans le discours de Berger. On pourrait presque y percevoir une pointe de jalousie quand il évoque la relation entre Lindon et Guibert. Mathieu Lindon, que Guibert baptisait David dans ses livres, était son ami, le premier et le seul à qui il voulait montrer ce qu’il écrivait avant parution – qui ne voudrait pas le faire ? Toute personne qui écrit sait que c’est l’un des plus hauts stades de confiance qu’on peut accorder à quelqu’un.

La palme du charisme revient à Hervé Guibert quand, magie des archives, passe dans un extrait de l’émission « Ex libris » où il était invité par Patrick Poivre d'Arvor. On entend alors son point de vue déchirant sur le sida qu’il "a aimé" dans la mesure où il l’a transformé, sur ses livres, nombreux malgré sa courte vie, "sur l’amour qui est comme la photographie", sur son statut de "grand écrivain" qu’il était persuadé d'être. On le voit et on l’entend, image fantôme qu’il est devenu… 

Louise Bernard

Louise bernard

 

 

 

 

 

 

 

Hans Georg Berger et Hervé Guibert, Un amour photographique, Michel de Maule éditions, 2019, 208 p., 58 euros

 

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