Mastère de Presse Culturelle / Chronique de disques de jazz : Herbie Hancock - Head Hunters par Simon Cherner

 

Head Hunters est une rupture. Après plusieurs albums consacrés à un jazz d’avant-garde, Herbie Hancock réalise, en novembre 1973, un retour à une simplicité toute profane et dans l’air du temps. Avant même d’entendre la musique, la pochette jaune et bleue de l’album, signée Victor Moscoso, interpelle : tel un soleil coruscant, un énorme masque africain surimposé sur tout le haut du corps, Hancock y figure devant un piano, aux côtés de ses quatre musiciens, plongés dans un bleu de nuit.

 Le morceau « Chameleon » ouvre Head Hunters. Hancock y fait serpenter six notes funk, égrillardes, qu’il répète joyeusement, bientôt rejointes par une batterie mid-tempo, un saxophone puis des nappes de clavinet et de divers autres pianos synthétiques. Le morceau égrène un balancement hypnotique bercé par des solos de claviers électriques ; enveloppé d’une ligne de basse à la texture chaleureuse, ce « Chameleon » glisse, en son hémistiche, vers un jazz mieux rangé, quoique toujours accompagné d’un arrière-plan groovy. 

Le reste de Head Hunters est de la même tempe : « Watermelon Man » est une reprise funkisée d’un morceau de 1962, qui s’ouvre et se ferme avec de drôles de sifflements flûtés – faits à la bouteille – évoquant des sonorités pygmées et africaines, un registre déjà exploré sur les albums précédents ; « Sly » est une virée tonique – frénétique, presque – qui semble éprouver, tourner autour de ligne de crête qui sépare le jazz du funk ; « Vein Melter », enfin, clôture en douceur l’album, sur une acceptation, lente et psychédélique, du mélange des genres, portée là encore par une basse aussi discrète que fondamentale.

En somme, la musique de Head Hunters reflète parfaitement la promesse fusionnelle de sa pochette : il émane de cet album comme une chaleur funk aux motifs solaires, enveloppée dans un manteau de jazz au phrasé pétillant. 

 

Simon Cherner

 

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