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“C’est une énorme responsabilité de faire de l’art” Rebecca Bournigault Rencontre avec une artiste de son temps

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Crédit photo : Nicolas Despis

Rebecca Bournigault présentant l’une de ses dernières oeuvres (à droite), la cour de son immeuble (à gauche)

C’est dans son loft parisien que Rebecca nous accueille en ce bel après-midi de septembre. Un doux soleil traverse la pièce alors que cette dernière nous explique que nous nous trouvons dans une partie des dix pour cent de logements attribués aux artistes par la Mairie de Paris. Les balcons sont en fleurs, une atmosphère fertile se dégage. Assise sur son tabouret, Rebecca confesse d’emblée avoir un goût prononcé pour les oeuvres des autres et ne se cache pas de la créativité qui émane d’un tel lieu propice aux échanges et au troc d’art. Si elle considère, non sans humour, qu’il est pratique de travailler et dormir au même endroit, l’artiste confie tout de même se trouver parfois paralysée par la vue de ses propres productions, alors qu’elle s'attelle aux futures.

Très attachée à l’idée de se créer un cocon, Rebecca entend faire valoir la notion de patrimoine culturel au travers d’une collection d’oeuvres. “Je préfère acheter ça plutôt que d’acheter un jean chez ACNE ou chez APC”, s’amuse-t-elle, en désignant les tableaux et autres objets inestimables qui l’entourent. 

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"Du vide de la feuille je vais sortir une forme" affirme l’artiste quand on l’interroge sur le concept récurrent du vide dans ses oeuvres, “la notion est essentielle et constitue un moment de latence et de réflexion fondamentales”. Ses productions jouent tantôt avec le vide du papier,  tantôt celui de la toile car Rebecca explique aimer l’infini et l’indéfini : “J’ai du mal à fermer les choses ou à donner une fin qui ne soit pas ouverte”. C’est pourquoi l’artiste produit souvent des lignes ouvertes et libres à la circulation. Passionnée et influencée par le représentant du style rococo, et en particulier François Boucher, Rebecca mentionne aussi l’aspect non-didactique de ses oeuvres. Très humble, elle précise : “C’est une énorme responsabilité de faire de l’art”. L’artiste s’interroge en permanence sur la question de la nécessité de “produire une image de plus”. Une remise en question permanente et transmise à la jeune génération alors qu’elle donne des cours aux Beaux-Arts sur la thématique éponyme. 

Inspirée par le cinéma et l’histoire de l’art en général, Rebecca place ses réflexions autour de l’existence à travers le portrait et le fonctionnement du corps. Ses premières oeuvres exposées alors qu’elle était étudiante furent une série de portraits et d’autoportraits. Raison pour laquelle, l’artiste nous confie en riant qu’on l’a souvent prise pour une avant-gardiste du phénomène contemporain du selfie. L’art est moteur pour Rebecca, elle aborde l’impulsion créative que provoque une séance de cinéma pour elle, ce moment de contemplation dans le noir faisant écho à ce qu’elle produit : “Le cinéma met en abyme des sentiments très forts alors que l’art pour moi est empirique”. 

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L’empirisme, Rebecca vient justement d’en faire son maître-mot dans son processus créatif  sur le terrain, notamment lorsqu’elle entend ou lit quelque chose faisant écho à son travail dans l’actualité, et c’est alors qu’elle crée. L’artiste n’entend pas réagir à chaud aux dernières informations, “Ça n’est pas mon métier”, elle ne cherche pas à faire transparaître une position politique dans ses oeuvres mais elle accomplit un état des lieux de portraits et des corporalités. “Mon travail dit quelque chose sur l’humain, je n’ai pas envie d’illustrer une actualité”, affirme Rebecca, “je préfère aborder un sujet dans sa continuité”. Son travail fait appel à la régularité et au maintien appuyé d’un temps de réflexion. Son oeuvre “Les émeutiers” tient son origine des Printemps Arabes de 2011 et en parallèle des émeutes dans les banlieues en 2005 en France. Rebecca choisit le portrait d’un émeutier quelque soit le pays où il se trouve dans les images de presse. Elle l’isole et magnifie son portrait : “Les émeutes en général, c’est un sujet ambivalent pour moi. Il y’a cette idée que quand l’être humain se rebelle, il agit et c’est comme ça qu’il existe : c’est inhérent à l’être humain”. 

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Comme une ode à la condition humaine, la simplicité naturelle de Rebecca Bournigault émane intensément de toutes ses créations et invite à la réflexion de celui/celle qui regarde. “Le spectateur fait partie de la création de l’oeuvre, je n’entends pas représenter le Bien et le Mal, je donne à voir ma vision subjective de la réalité, je porte ma voix en représentant des oeuvres”. Désireuse de connaître les retours sur l’appréciation de son art comme un des éléments moteurs de la création, Rebecca évoque un moment de dépossession qui pourrait la rendre vulnérable quand un artiste vend son oeuvre. “J’aime que mes oeuvres vivent ailleurs” confie-t-elle, en appuyant sur sa vision du partage et de la destinée flottante des productions artistiques. “J’ai l’intention qu’elles existent pour les autres” conclue Rebecca dans un sourire généreux. 

 

_______ Et la suite pour Rebecca Bournigault ? 

Elle s’attelle désormais en priorité à la peinture à l’huile ainsi qu’à des dessins à l’encre de Chine. En parallèle, elle écrit un moyen métrage avec son compagnon et gère sa jeune association “Oui oui non non”, une coopérative artistique née d’une “réunion d’artistes” qui organise des ventes d’oeuvres originales sélectionnées par les artistes eux-mêmes. À retrouver sur tous les fronts, donc !

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https://ouiouinonnon.com/


Ségolène Montcel

 

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