Compte-rendu de la conférence avec Luc RUDOLPH

Invité dans le cadre des conférences-débats de l’ESJ-Paris, Luc Rudolph : 
 
« Les actes positifs ne sont pas quantifiables, ils sont anonymes ». Exhumer la Résistance de la police durant la Seconde Guerre mondiale, réhabiliter l’image des policiers et retrouver une vérité historique, voilà ce que s’est efforcé à expliquer Luc Rudolph lors d’une conférence donnée à l’ESJ jeudi 16 octobre.
 
« Le rôle aujourd’hui attribué aux policiers lors de la Seconde Guerre mondiale est un mythe ». C’est ainsi que le Directeur Honoraire des services de Police, Luc Rudolph, venu présenter son livre Policiers rebelles, La Résistance au cœur de la Préfecture de Police (LBM éditions) débute sa conférence. « Dans un état démocratique, la police est le reflet de la population » pourtant les policiers sont stigmatisés. « Chiens de garde du capitalisme » pour les communistes, on leur reproche également leur obéissance à l’occupant et leur participation aux rafles.
 
La réalité de l’époque :
 
« On n’est pas noir, on n’est pas blanc, on est dans toutes les teintes de gris » : aujourd’hui les policiers collaborationnistes apparaissent comme des suppôts des Nazis. A l’époque, ils appliquaient les lois françaises. S’ils obéissent aux ordres, les décisions sont prises par le personnel préfectoral comme Bousquet, préfet de la Marne qui proposa aux Nazis d’inclure les enfants dans la rafle du Vel’ d’Hiv’ en juillet 1942.
 
Le génocide est abordé. Informés par un infiltré dans les camps, Jan Karski, les dirigeants alliés refusent d’y croire. Les juifs s’imaginent être déportés en Pologne ou en Ukraine. Incompréhension dans la salle : « Comment pouvait-on ne pas savoir ? » Le sujet est sensible. Luc Rudolph est interpellé, « Les policiers, censés servir et protéger les populations n’auraient-ils pas dû résister plus que des personnes lambdas ? » Tension entre certains étudiants, la fameuse question est posée : « Qu’aurais-tu fais à leur place ? »
 
Une résistance discrète mais réelle :
 
La Résistance policière fut précoce, dès 1940, et bien qu’elle fut marginale à ses débuts, on compte finalement 3200 policiers résistants sur les 23000 personnels de la Préfecture de Police. Deux hauts faits : la Libération de Paris, la Préfecture de police est le premier bâtiment libéré, et la neutralisation de l’Armée d’Afrique le 8 novembre 1942, permettant le débarquement à Alger. Le commissariat central de la ville, PC des alliés sera le premier organisme décoré de la médaille de la résistance. Mais jusqu’ici la résistance est plus feutrée car les policiers doivent résister dans l’exercice de leurs fonctions. Fermer les yeux lors des contrôles, truquer perquisitions et dossiers, organiser des évasions, leur travail se fait en amont. « Les actes positifs ne sont pas quantifiables, ils sont anonymes » affirme Luc Rudolph qui raconte alors une anecdote qu’un homme lui a confié lors d’une conférence à Lille: son père, ami du Commissaire de police du quartier se voit un jour refusé par celui-ci le tampon « juif » obligatoire sur sa carte d’identité. Une rafle a lieu le lendemain, il aura la vie sauve.
 
Audrey Renault 
 
 
 
 
 
 
 
 

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