Reportage : Une collégienne au pays des reporters

 

"Reportage au pays des reporters" est le récit d'une collégienne bordelaise de 3ème qui a accompagné un groupe de 3ème année de l'ESJ Paris en session intensive à Casablanca.  L’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris reçoit de nombreuses demandes et manifestations d’intérêt de collégiens et lycéens, passionnés ou tout simplement curieux du métier de journaliste et des médias. Notre expérience nous montre que ces futurs candidats qui souvent intègrent l’école au niveau Bac ou Bac+1 ont de très bonnes chances de réussite scolaire et professionnelle grâce à leur motivation.  NdlR.

9h00 : la classe est vide, par Alizé Hardy

1er jour de stage : 15 décembre 2010, mercredi

J’étais assez anxieuse à l’idée de cette journée … le fait que je sois avec mon père me rassure un peu mais je ne peux m’enlever cette petite boule de mon ventre. Une fois arrivée à l’école … je suis moins impressionnée que ce que j’avais imaginé, peut-être suis-je habituée à l’environnement « salle de cours » ? La pièce est vide, aucun élève n’est encore arrivé. Je regarde autour de moi sans trop savoir quoi faire… Un groupe d'élèves de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris s'est rendu à l’ESJC de Casablanca dans le cadre d’une session intensive qui consiste à leur faire rédiger un journal en 5 jours sur Casablanca. Sujet très vaste à la première écoute mais qui en regroupe plusieurs une fois approfondi. La première élève vient d’arriver, elle me sourit, s’installe, ouvre son ordinateur et se met à travailler. Les deux journalistes professeurs présents sont tous deux occupés à relire des papiers, des dossiers. Peu à peu les autres  élèves arrivent et se mettent en place. Un tableau est disposé dans la classe, une sorte de schéma y est représenté, j’en expliquerai l’utilité ultérieurement. Parmi les élèves il y a ceux venant de Paris, et ceux faisant partie intégrante de l’ESJC de Casablanca. Le premier jour je pensais qu’ils se connaissaient tous tant leurs attitudes les uns envers les autres étaient naturelles, familières ; ce n’est que plus tard, à vrai dire à mon dernier jour de stage, que j’appris qu’ils ne s’étaient jamais rencontrés auparavant.

Surprenant.

Une jeune femme se lève, elle se nomme Sabrina, elle se tourne vers le professeur et lui dit en me regardant du coin de l’œil «  Je vois que l’on a une nouvelle élève, il va falloir réorganiser le.. » elle n’a pas le temps de terminer sa phrase que M. Hardy la coupe « non, non ! Ne t’inquiète pas !  Voici ma fille Alizé, elle est ici pour son stage de 3e qui est obligatoire et va passer ces 3 jours avec nous ». Sabrina, en 3ème année de l'ESJC, est la rédactrice en chef, chaque élève à un rôle précis dans le journal. On m’explique alors la signification du schéma sur le tableau : Il s’agit d’un « chemin de fer » (langage professionnel). Un chemin de fer représente toute la mise en page du journal, les sujets

traités  et les élèves qui les ont pour thèmes, le nombre de signes que doit comporter un article, tout cela y est inscrit (un signe, en presse écrite, représente l’ensemble des lettres, chiffres, éléments de ponctuation, blanc entre les mots ; le nombre de signes d'un papier permet d’évaluer la surface qu'il occupera dans la page ; un feuillet comporte 1500 signes et une phrase à peu près 60), il peut être modifié, le nombre de page que l’on attribue à un article peut changer, rien n’est définitif. C’est alors que le cours commence, les deux professeurs traitent le sujet de chaque élève un par un, ils s’assurent de la progression de leurs articles. Au début, je pensais que tout ce qu’ils trouvaient provenait de l’ordinateur portable dont ils disposent tous mais en réalité, tels de bons journalistes, ils se baladent dans Casablanca à la rechercher d’informations, de photos, de vidéos, de témoignages concernant leurs sujets.   L’un des intervenants appelle cela « gicler intelligemment de sa chaise » et je trouve cette expression parfaitement appropriée. Je les vois écouter avec attention les recommandations, les moindres conseils des professeurs, je les observe prendre des notes et se concentrer, je les admire. La plupart d’entre eux ont entre 21 et 30 ans à quelque exception près. Certains sont en 2e année d’autre en 3e (la troisième année est la dernière « phase » de l’ESJ, ils sont donc normalement aptes à devenir de vrais journalistes à la fin de l’année, c’est à dire dans 6 mois). Voir tant de personnes se passionnant, aimant une chose commune éveille ma curiosité... La matinée s’achève, nous allons déjeuner...

 

De retour à l’école aux alentours de 15h, nous nous rendons au même endroit : la salle de travaux pratiques. Quelques élèves sont déjà là, ceux qui manquent sont probablement encore sur le terrain (c’est à dire dans Casablanca). Les professeurs commencent déjà à revoir les « papiers » (ou articles) des élèves présents, ils les orientent avec des questions précises : « Où en es-tu ? « As-tu obtenu le témoignage ? « As-tu les photos ? « Lui a tu demandé ceci ? »  « Pourquoi ? « Comment ? « De quelle manière ? « Comment en est-il arrivé là ? »... Ils aident les élèves à voir leurs sujets, leurs thèmes d’une autre manière, de le retourner en tous sens pour découvrir tout ce qu’il faut savoir. La moindre facette cachée doit être découverte, mise à nu, on peut toujours creuser un peu plus ; la curiosité est extrêmement importante pour un journaliste, s’il ne l’est pas plus que ses lecteurs, son papier ne leur apprendra rien. «Aucune question n’est idiote pour un journaliste !! » affirme l’un des deux professeurs. Une chose est très importante, ne pas sortir de son thème, rester dans son « angle », ne pas se laisser emporter vers des choses lointaines mais savoir tout dire sur ce qui est demandé, ne pas se disperser, être entier.

La classe se remplit, les professeurs corrigent, lisent et relisent.  Au moment où l’ennui commence à poindre, Myriam et Margaux me proposent de les accompagner à travers Casablanca car l’une des deux, Myriam, a besoin de quelques précisions pour faire avancer son article dont le thème est « Noël à Casa ! » ; son objectif est de savoir comment cette fête d’origine chrétienne influence la population musulmane, de découvrir les lieux de cultes qui s’y trouvent, les personnes qui la fêtent, quel est l’équivalent de Noël pour les Marocains, le budget des boutiques de jouets en cette période, les décorations présentent dans la ville etc... Cette journée fut fatigante mais enrichissante, je réalise peu à peu que ce

métier qui m’intéresse depuis mes 10 ans m’était en réalité complètement inconnu…  Je ressens cette sorte d’excitation à en découvrir davantage et davantage ! Comme quelque chose de nouveau, d’imaginaire, quelque chose à explorer ! Ce métier mystérieux m’attirait déjà mais maintenant c’est plus que ça… il m’intrigue. Comme quelque chose que l’on ne connait pas mais que l’on désire à tout prix connaitre. C’est un sentiment envahissant, qui m’imprègne peu à peu… cette avidité d’en savoir encore et encore sur ce domaine dont je ne sais pas grand-chose. L’anxiété et l’angoisse que j’avais au début ont complètement disparu, la familiarité des élèves à mon égard m’a touché et a effacé toute trace d’intimidation pour laisser place à l’affection et l’admiration.

 

2eme jour de stage : 16 décembre 2010, jeudi

Comme hier, mêmes acteurs, élèves et journalistes, les mêmes questions  reviennent, certes,  mais les réponses, elles,  évoluent. C’est alors que les professeurs commencent à parler du plan du journal : la mise en page est peu à peu modifiée, les élèves et les professeurs remettent en question la place que doit comporter chaque sujet. Ils décident ensemble de tous les arrangements nécessaires. Les professeurs répètent souvent qu’il est très important de rendre son papier en temps et en heure, c’est d’ailleurs l’une des règles fondamentales de la presse écrite. Mais le journalisme est un métier très vaste qui regroupe, si je puis dire, trois grandes familles : - la presse écrite, -la télévision et la radio. Bien sur ces trois domaines regorgent d’une multitude d’autres métiers passionnants, et chacun y trouve sa branche : directeur de communication, attaché de presse, chef de publicité, secrétaire de rédaction, attaché parlementaire, responsable sponsoring et événement, directeur clientèle, concepteur rédacteur, animateur... Mais comme cette semaine est consacrée à la conception d’un journal, la presse écrite domine. Durant cette session intensive les élèves sont confrontés aux véritables conditions d’un journaliste, à la véritable réalisation d’un journal ; M. Hardy explique que « la meilleure manière d’apprendre est en allant sur le terrain ».

15h, de retour à l’école, je me doute que l’après-midi sera semblable à la matinée ; c’est pour cela que je m’arme de mon appareil photo et décide d’aller à la découverte de l’école ! Car jusqu’à présent je ne connaissais que le 2eme étage de l’ESJC, ou plutôt la salle de cours du 2eme étage. Je commence à vagabonder dans les couloirs, le sourire aux lèvres. La décoration des murs de l’ESJC est très assortie au journalisme : Il s’agit de plusieurs

« Unes » de journaux aux nationalités multiples affichées les unes après les autres. La « Une » est la première page d'un quotidien : véritable vitrine, elle doit véhiculer, outre les informations capitales, l'image du journal tout entier, et donner envie de l’acheter. Tout en me baladant sans trop savoir où aller, je me retrouve devant  plusieurs portes : sur l’une d’elles est inscrit « studio TV » et sur une autre « studio radio ». J’ouvre la porte avec appréhension de peur que l’on me dise que l’entrée est interdite. Par chance les salles sont vides ! Je m’y introduis donc discrètement… je n’avais jamais vu de salle d’enregistrement auparavant … C’est assez impressionnant, ce n’est pas grand-chose certes mais le monde des caméras et des micros m’intimident toujours un peu et me retrouver devant ces pièces où était disposé tout le matériel m’a donné envie de me mette à sauter  partout ! Comme quand  une petite fille vient de découvrir quelque chose ! Comme lorsqu’un enfant ouvre son premier cadeau ! C’est très agréable !

 

Apres cette « petite » découverte, je m’aventure, pleine d’ambition, au 1er étage, plus consacré au travail personnel des élèves où ils disposent de salles informatiques (bien que la plupart ait déjà leur propre ordinateur), d’une bibliothèque, d’une salle de travail (surement pour rédiger leurs papiers plus au calme) et de plusieurs endroits tranquilles, à l’abri du bruit et de toute activité. Devant la classe vide ce matin, je me disais que les élèves devaient encore dormir ou s’amuser ; de même pour l’après-midi où, de retour vers 15h, je trouvais encore la salle de cours déserte…. Je commençais  vraiment à penser qu’ils ne faisaient rien... Bien sur la plupart étaient sur le terrain je m’en doutais mais les autres ? Je continuais donc à penser qu’ils ne travaillaient pas très dur. Ce n’est qu’en descendant au 1er étage que je compris qu’ils s’impliquaient  beaucoup plus que je m’imaginais. Ils étaient là, ou du moins les trois quarts,  assis en train de réécrire leurs articles, de le recorriger, de le relire, car à la moindre remarque des professeurs, au moindre conseil, ils allaient retaper leur papier pour voir ce que cela donnerait... Puis ils rapportaient leurs papiers aux intervenants pour avoir leurs nouveaux  points de vue sur les modifications apportées, et ainsi de suite. Vers 17h30, lorsque que j’eus fini mon petit tour du monde (NDLR : de l’ESJC), je vins me rasseoir à ma place, sur ma chaise.

Dans la salle de cours habituelle au 2eme étage. J’observe Sabrina, la rédactrice en chef du journal. Jusqu'à présent, je trouvais que sa tâche vis-à-vis du journal était moins fatigante, moins difficile que celle des autres  car elle n’avait pas à rédiger d’article, mais je compris, en écoutant d’une oreille la conversation qui se déroulait à côté de moi, que sa tâche était

très importante, consistant à animer une équipe de journalistes et de veiller au respect de la ligne éditoriale, (une ligne éditoriale est l’ensemble des grands choix de traitements de l’actualité) d’une publication ou d’un journal audiovisuel, elle assure également le lien avec la direction et les autres services (techniques et administratifs) ; à la tête de l’équipe rédactionnelle, la rédactrice en chef est  responsable du contenu et de la cohérence des différents articles d’une publication. Cela me fait repenser à une des phrase de l’un des professeurs « toujours prendre du recul, ne pas avoir de préjugé », je réalise donc qu’un bon journaliste ne doit pas émettre une idée sans en avoir vérifié la source… tout ce que je comprends au fur et à mesure, je l’assimile grâce à  mes « erreurs ». En croyant toujours tout savoir au premier abord je prends conscience qu’il faut toujours approfondir ce que l’on affirme  pour ne pas se tromper, toujours renforcer notre idée de départ pour lui donner une forme véritable en quelque sort.

 

Pour en revenir à Sabrina, sa maturité m’impressionne, elle reste calme et s’occupe de tout sans s’infliger une pression écrasante que d’autre aurait pu avoir. Vers 19h/19h30, nous rentrons chez nous. Dans ma tête c’est une explosion d’idées, ou plutôt de choses que je réalise en y repensant encore et encore. Le journalisme est avant tout un travail collectif : s’entraider est primordial et une bonne ambiance est nécessaire, car tout se ressent dans

un papier et si on le fait joyeusement, avec conviction et passion il en ressortira quelque chose de... Magique, mais si on s’y prend avec ennui ou mécontentement il passera inaperçu, invisible, il n’attirera pas les regards, les avis, les critiques ; il sera « fade, sans visage ». Je trouve que cette équipe que j’observe depuis maintenant 2 jours ressemble à une petite famille de « bébés journalistes ». C’est touchant à voir. Je me rends aussi compte à quel point la conception d’un journal peut paraitre « légère », anodine lorsque qu’on est le lecteur mais étant passé de « l’autre côté », je peux affirmer que la reconnaissance des gens envers les journalistes n’est absolument pas proportionnelle aux efforts qu’ils fournissent. Mais toutes ces choses-là, tous ces petits détails, les élèves ne s’en soucient pas ; ils passent au-dessus, ce n’est certainement pas l’ingratitude qui les font reculer car ils n’y pensent même pas, ils sont passionnés, ils aiment ce qu’ils font. C’est une des nombreuses choses que J’ai réalisées aujourd’hui : un travail qu’on aime, on le fait avant tout pour soi, et c’est cela qui compense l’ingratitude, qui encourage et qui peu à peu nous construit.

 

3eme et dernier jours de stage : 17 décembre 2010, vendredi

9h, j’arrive à l’école, aujourd’hui tout le monde est là de bonne heure et aux alentours de 9h30 nous sommes au complet.  Les élèves ont demandés à être libérés plus tôt car pour les Parisiens, aujourd’hui signe la fin du « séjour », ils veulent donc profiter de leur dernière après midi à Casablanca. M. Hardy (ancien journaliste de TF1) et M. Duley (ancien rédacteur en chef du Parisien/Aujourd’hui en France) acceptent de les relâcher pour 14h. Tous les articles doivent être remis à Sabrina ; les derniers conseils affluent, les dernières retouches sont apportées.
Une fois le « tout » réuni dans l’ordinateur de Sabrina (la remise des articles se fait par l’intermédiaire d’une clé USB pour une vision plus globale, et surtout plus simple de l’ensemble du journal), les professeurs et les élèves décident ensemble de la mise en page de la Une, de son aspect, des titres, de l’organisation etc... Tout cela se fait dans la bonne humeur. Une fois la partie finale achevée, les professeurs dévoilent, tout comme les élèves, ce qu’ils ont pensé de cette semaine, de l’ambiance et de ce qu’ils ont ressenti. C’est une cascade de compliments ! Mais de compliments sincères et précis. C’est beau à entendre. Une brise de tristesse effleure la salle car tout le monde réalise soudain  que c’est fini… je suis moi-même assez nostalgique dans mes propos concernant ce stage tant je l’ai apprécié…

Si il y a bien une chose que j’ai apprise durant ces jours, c’est que cette satisfaction personnelle lorsque l’on produit quelque chose dans le domaine qu’on aime, cette petite étincelle que j’ai vu briller en chacun d’eux ces derniers temps lorsqu’ils accomplissaient quelque chose qu’ils avaient produit, tiré d’eux même, je voudrais moi aussi ressentir cela un jour.

Alizée Hardy, classe de 3ème, collège Alain Fournier à Bordeaux

Crédits photos : ESJ-Paris/Alizé Hardy

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