Actualité : Les étudiants de l'ESJ sur le front des inondations à Casablanca

La capitale économique, submergée par les eaux, a été coupée du reste du pays durant la journée de mardi.

Il aura suffi d’une nuit. En quelques heures, les fortes pluies ont submergé Casablanca. La Lydec (Lyonnaise des eaux de Casablanca), responsable de la distribution d'électricité et d’eau dans la première ville du Maroc, a enregistré « des hauteurs de pluie dépassant les 200 mm ». Un niveau qui correspond à la moitié des précipitations totales d’une année au Maroc.

Le bilan humain est lourd. Sur l’autoroute menant à Casablanca, 25 personnes ont trouvé la mort dans un autocar emporté par les flots. Des inondations ont provoqué l’effondrement de maisons vétustes. Les quartiers pauvres ont été les plus touchés. Bidonvilles et faubourgs comptent une dizaine de morts et des milliers de sans abris dans une population estimée à six million d'habitants.
Coupures d’électricité, paralysie des transports, fermetures d’écoles, accidents de la route… les infrastructures de la capitale économique du Royaume ont montré leur vulnérabilité. Les Casaouis se sont retrouvés livrés à eux-mêmes.

« Les autorités sont débordées », déplore un docker contraint de gérer la circulation à un carrefour. Aux abords du port, les dommages sont considérables. Une route entière s’est effondrée, rendant impossible l’accès à tout un quartier. Une grande partie des axes routiers sont restés impraticables. Malgré le nombre limité de véhicules circulant sur les artères principales, de nombreux accidents sont à déplorer. Une partie de la chaussée a cédé sous le poids d’un semi-remorque, boulevard Abdelmoumen, en plein cœur de la ville.

Le chaos n’épargne personne

Mercredi, la Lydec enregistrait 800 pannes de postes de distribution publiques (DP) sur les 4 600 en fonctionnement. Signes avant-coureurs de la paralysie, de nombreux feux de circulation ont été coupés, entraînant des embouteillages sans précédent. Quelque 710 cadres et agents de maîtrise et 275 véhicules et motopompes ont été

mobilisés. Une partie de la ville devait retrouver la lumière « dans la journée de jeudi ».
Faute d’électricité, plusieurs agences bancaires de Casablanca ont dû fermer, délocalisant certaines opérations vers d’autres antennes. Les inondations n’ont pas épargné le milieu hospitalier. Les trois grandes cliniques privées de la ville ont subi de lourdes pertes matérielles. La plupart de leurs appareils, souvent les plus coûteux, et des blocs opératoires situés en sous sol ont été noyés.

L’attention était également tournée vers le quartier de Sidi Benoussi-Zenata, le plus grand parc industriel situé au nord du Grand Casablanca. Les infrastructures routières étant coupées, des milliers d’ouvriers n’ont pas pu se rendre au travail. Plusieurs usines sont restées fermées dans la journée de mardi. Le manque à gagner est certain pour un secteur industriel déjà à la peine.

Pour les autorités, l’urgence est donc au rétablissement des circulations routière et ferroviaire. Aucun train n’a circulé en direction de Casablanca. Le trafic a été totalement stoppé mardi, à partir de 5 heures du matin, une première pour l’ONCF (Office national des chemins de fer). L’autoroute et la voie ferrée reliant Casablanca à l’aéroport Mohamed V ont été temporairement coupées. L’acheminement tardif des équipages et des passagers a causé de nombreux retards. Les vols de Royal Air Maroc ont ainsi connu de fortes perturbations.

Malgré le manque d’organisation flagrant, l’heure est aux réparations pour les services de voirie. Le bilan des dommages sur les routes risque d’être lourd. Un relatif optimisme semblait néanmoins se profiler en fin de semaine, la direction de la météorologie nationale ayant annoncé une stabilisation des précipitations.

Baptiste Crochet (ESJ 3, "presse écrite")

Les images dramatiques d’inondations dans la ville de Casablanca devraient appartenir au passé. Et plus exactement d’avant la privatisation du réseau d’eau et d’électricité attribuée en 1997 à la LYDEC (Lyonnais des eaux de Casablanca). De grandes résolutions avaient été prises, notamment en termes de mise à niveau des réseaux vétustes, qui ont d’ailleurs été en partie réalisées par la filiale du groupe GDF-Suez. Il ne faut pas se leurrer, bien qu’elle ait une part de responsabilité dans cette catastrophe, la LYDEC ne peut être accusée de tous les maux. Tout lui imputer serait d’ailleurs d’une grande ingratitude compte tenu de la situation héritée à son arrivée : un réseau d’assainissement vieux de cinquante ans.

Tout le monde savait que l’oued Bouskoura, cette rivière naturelle qui traverse Casablanca par son sous-sol risquait de sortir de son lit. Mais la priorité à l’époque était à la sécurisation de la ville en eau potable. Le Maroc, pays en stress hydrique structurel, a grand intérêt à préserver ses ressources en eau, ce qui est autrement plus stratégique que d’investir dans de coûteuses infrastructures destinées à prévenir d’hypothétiques pluies torrentielles de plus en plus fréquentent, il est vrai.

Alors d’où vient le problème ? Les pluies qui se sont abattues sur la ville blanche le 30 novembre 2010 sont exceptionnelles : Près de deux cents millimètres d’eau en une journée, soit l’équivalent de six mois de pluie. Mais la véritable catastrophe est ailleurs. Elle réside dans le chaos communicationnel.

Dans la hiérarchisation des responsabilités, la palme revient sans conteste à la Météorologie Nationale qui a vu arriver la catastrophe sans prévenir. Pas un bulletin d’alerte, ni même un SMS (comme ce fut le cas pour inviter les casablancais à marcher pour le Sahara marocain la veille). Rien. Si bien que les gens sont partis travailler mardi matin, comme d’habitude, pour se retrouver piégés au milieu des vagues… Certaines sources évoquent la « peur » de créer la panique qui aurait justifié l’absence de prévention.  La LYDEC appartient à GDF Suez ; ce leader français en matière d’énergie et d’assainissement a été lourdement touché par la dernière crise financière. Ce qui a pour conséquence directe le retardement de certains projets d’investissements de ses filiales comme la LYDEC. Parmi ces projets : le super collecteur de la ville de Casablanca qui a justement pour objectif de canaliser ce fameux oued Bouskoura en cas de crue. Le montage financier de ce mégaprojet, en partie financé par l’agence urbaine, devra encore attendre le temps que la maison-mère se redresse économiquement...

Au chapitre des dédommagements des victimes par les assurances, le temps n’a encore une fois pas été en faveur des sinistrés. Le conseil de gouvernement vient d’adopter un projet de loi instituant l’introduction des catastrophes naturelles -dont les inondations- dans les contrats d’assurances, ce qui n’était pas le cas jusque-là…

Tout cela démontre la prise de conscience de l’état marocain sur la nécessité de se prémunir contre ce type de catastrophe et sa volonté de réagir face aux dangers des inondations qui sont amenées à se reproduire de plus en plus souvent, changement climatique oblige. Seulement son temps de réactivité face à des désordres climatiques de ce type ne fait malheureusement pas partie de ses priorités immédiates. Les victimes attendront. N’est-ce pas cela le fatalisme à la Marocaine ou à la "Lyonnaise" ?

Adil Joundy

Les petits taxis de Casablanca

Compte-moi ton chemin…

Le « petit taxi » : un incontournable quand on sait que Casa manque de bus et que la ville n’aura son tramway qu’en 2012…Une institution, même,  avec à  la clef une technique simple : le covoiturage. Et un système hors norme : le triple compteur ! Petit tour en taxi rouge dans la ville blanche…

Ils sont dix mille, tous les jours, à charger ainsi une, puis deux, puis trois personnes tout au long du chemin. L’itinéraire convient ou non au taxi qui d’un signe de tête donne au nouveau client le permis de s’installer à côté des autres. Maximum autorisé : trois passagers. La technique est imparable : le taxi pratique naturellement le covoiturage pour pallier l’insuffisance des transports urbains à Casa. Multiplier les courses. Rentabiliser le moindre déplacement. Au taxi de calculer ensuite les petits détours qui permettent d’arranger tout le monde quand c’est possible. En somme, ni taxi ni bus mais un peu des deux, et à chacun son bout de route à payer.

Un système ingénieux…

Alors comment ça se passe, concrètement ? Un triple compteur à la mécanique bien réglée tranche sur le prix de la course à payer. L’entrée dans le taxi est marquée par le claquement sec du clic qu’on entend au compteur : manière pour le chauffeur de saluer l’arrivée du client. Le trajet se calcule pour lui la plupart du temps de tête. Question d’habitude ! A titre indicatif une course coûte sept dirhams minimum lorsqu’on est seul à bord et quinze dirhams,- soit un euro seulement-, pour l’équivalent d’un trajet entre Porte Maillot et Porte de Vincennes !

Et nécessaire…

Avec des tarifs aussi modiques le covoiturage permet d’arrondir sensiblement les revenus.« Je gagne autour de six cent dirhams par jour, quelque chose comme ça, mais je dois reverser deux mille dirhams par mois pour payer mon agrément, et il y aussi l’essence, l’assurance…» explique Hassan sans s’étendre plus sur les chiffres. Son taxi, lui, il le partage avec deux autres chauffeurs. Ils font ce qu’on appelle les trois-huit. « Le métier est fatiguant, mais ça rapporte, quand même… » Bref sourire esquissé. Hassan n’a pas le choix. Avant il travaillait dans une bijouterie où il taillait des pierres précieuses mais son acuité visuelle n’est plus ce qu’elle était. Etre taxi est un moindre mal, même s’il gagne bien moins qu’avant. Il n’en dira pas plus. A cinquante-trois ans, c’est du coup un jeunot dans le métier…Le système du triple compteur ? « Oui, c’est bien…Je ne vais pas finir millionnaire…mais heureusement qu’on a ça ! »

Mieux qu’à New-York…

Pour le moment c’est le permis à point qui alimente les motifs de râler. «Vaudrait mieux faire des parkings, hein, pour laisser la route à ceux qui doivent rouler !..» vitupère Hassan qui a décidément vite attrapé le pli…En France le taxi est considéré comme un mode de transport de luxe. C’est en période de grève que le covoiturage fait des émules…A Casa la réalité est bien différente, on vit à l’heure new-yorkaise : façon de dire qu’on a pris l’habitude de ne pas poireauter pour attraper un taxi ! Et c’est clair que le covoiturage y est pour beaucoup. Avec un avantage certain : des tarifs   singulièrement attractifs ici…De quoi jouer sur tous les tableaux !

Lamia Berrada

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