ESJ 1899 : Yes we May !

Le 9 juillet 2015, l'Ecole supérieure de journalisme de Paris rendra hommage à sa fondatrice, Jeanne Weill dite Dick May, en commémorant les 90 ans de son décès. Tout d'abord, l'Association des anciens étudiants de l'ESJ Paris remettra la première bourse de l'ESJ Paris qui sera rebaptisée "Bourse Dick May" à la lauréate, Mathilde M. Une plaque lui rendant hommage sera ensuite dévoilée sur la façade de l'école.

Portrait de Dick May signé Vincent Goulet, extrait de "Dick May et la première école de journalisme en France. Entre réforme sociale et professionnalisation" :

En France, la première école de journalisme a été fondée en 1899 par, Jeanne Weill (1859-1925), plus connue sous le nom de plume de Dick May. À l’aube du XXe siècle… dans ce contexte troublé, la première tentative de créer une formation professionnelle pour les journalistes est l’indice des possibles proximités méthodologiques entre journalisme et science sociale, mais surtout de la recherche commune d’un nouveau pacte démocratique au moment où la science sociale et sa vulgarisation étaient considérées par certains intellectuels, en particulier dreyfusards, comme une véritable « voie de salut » susceptible de renforcer la cohésion de la nation… Le parcours de Dick May comme le destin de son école révèlent les tensions à l’œuvre dans le champ politique, économique et journalistique. Dick May a un parcours particulièrement révélateur de la fraction de la petite bourgeoisie et de la classe moyenne intellectuelle qui, dans la deuxième partie du XIXe siècle, se passionne pour les questions sociales. Jeanne Weill est née en 1859 à Alger où son père, Michel Aaron Weill, occupe depuis 1846 le poste de grand rabbin du Consistoire d’Algérie. Athée, Jeanne semble se construire contre la figure écrasante de son père, un lettré à l’imposante bibliothèque et au réseau social étendu, mais, née fille, elle ne bénéficie pas de l’école comme moyen d’échapper à la religiosité familiale.

Après avoir secondé le comte de Chambrun dans la création du Musée social, Dick May s’engage en 1895 dans l’aventure de la création du Collège libre des sciences sociales. Cette institution, qui est la première à proposer un enseignement systématique des sciences sociales, est privée mais reçoit des subventions de l’État. Les cours proposés sont très variés, représentatifs des contours larges de la science sociale qui n’a pas encore un corps de méthodes précises et qui demeure fortement reliée aux idées politiques. C’est dans le cadre du Collège libre des sciences sociales que Dick May songe à créer une école de journalisme, projet qu’elle réalisera effectivement dans l’institution qu’elle va fonder, l’École des hautes études sociales. Cette école est soutenue par des notoriétés du monde intellectuel : Émile Boutroux, philosophe influent à la Sorbonne, Émile Duclaux, directeur de l’Institut Pasteur, dreyfusiste et partisan du mouvement des Universités populaires, Alfred Croiset, doyen de la Sorbonne, l’éditeur Felix Alcan, Georges Sorel, un ingénieur des Ponts et Chaussées converti au marxisme qui partage la même aversion que Dick May pour les institutions officielles.

Si Dick May songe à intervenir dans la formation des journalistes, c’est avant tout avec l’idée de diffuser et populariser la science sociale. Un nouveau style de journalisme, moins doctrinal, privilégiant le reportage et le fait divers s’impose face à l’ancien modèle politique et littéraire. En outre, le champ journalistique doit s’adapter aux récentes transformations politiques : le personnel politique de la Troisième République a moins besoin d’une presse élitiste et « censitaire » que d’une presse qui s’adresse à tous les électeurs du suffrage universel masculin. Avant 1898, l’idée que les journalistes devaient aborder la carrière avec un « bagage sérieux de connaissances et de solides garanties morales » avait déjà été soulevée par le chroniqueur judiciaire Albert Bataille, qui tenta de créer au Figaro, avec le soutien de son directeur, une école de journalisme (il mourut avant que le projet n’aboutisse). En 1895, l’École libre des sciences politiques ouvre un cours de « Préparation au journalisme », mais il n’existe pas d’école dédiée. Pour la plupart des membres de la profession, le métier s’apprend encore exclusivement « sur le tas » et les journalistes sont, à l’époque, hostiles à toute forme de pédagogie rationalisée, convaincus que l’écriture est avant tout un don. Si l’école commence de manière satisfaisante, avec 47 élèves inscrits dès la première année, elle rencontre rapidement, de l’aveu même de Dick May, des difficultés d’organisation. Les effectifs progressent trop lentement et stagnent au-dessous de 140 auditeurs de 1904 à 1908, jusqu’à 222 en 1920. L’École de journalisme se veut désormais une école pratique où sont enseignés les mécanismes et le fonctionnement d’un journal moderne, l’histoire de la presse et de la littérature journalistique, l’éducation historique, politique, sociale, juridique, morale du journaliste, mais surtout où sont proposés des travaux pratiques d’écriture, notamment dans sa dimension de vulgarisation. « On n’y enseigne que ce qui ne s’enseigne point ailleurs, et nos chaires ne sont point tant occupées par des professeurs de carrière que par des journalistes spécialisés venant apporter aux élèves les résultats de leur expérience personnelle sur le reportage comme sur la publicité, sur l’information politique comme sur l’administration, sur la jurisprudence comme sur les devoirs professionnels généraux, sur la chronique judiciaire comme sur la mise en page. »

Sur le plan personnel, Dick May est affectée en 1919 par la mort de sa mère. Elle transporte alors son logement au sein même de l’École. En 1923, disparaît son ami Alfred Croiset, qui avait été le directeur de l’EHES depuis 1902. Jeanne Weill se tue dans les Alpes en 1925, lors d’une randonnée, une activité qu’elle pratiquait régulièrement.

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